19. mars, 2022

Des poules dans les vignes... Une vraie bonne idée !

Au Château Lardiley à Cadillac, Vincent élève ses poules, poulets et coqs dans les vignes. Ses volailles vont passer une grande partie de l’année à vivre dans cet environnement particulièrement riche en nourriture variée : vers de terre, insectes divers et variés, mollusques (escargots, limaces), herbe spontanée mais aussi semée (triticale, pois fourrager).

Il y a actuellement 750 individus qui passent environ un mois dans chaque hectare de son vignoble à Cadillac. Plusieurs poulaillers mobiles sont installés en bout de rang permettant ainsi à ses invités de passer des nuits tranquilles à l’abri. Ce sont des poules Gasconnes, rustiques qui apprécient la vie en extérieurs même pendant tout l’hiver. Une race intéressante aussi bien pour la ponte de beaux œufs d’un bon calibre qu’elles fournissent très régulièrement, mais aussi pour la viande bien charnue qui est un véritable régal pour les papilles… Les poulets/coqs s’épanouissent pendant environ 180 jours.

Deux ânes des Pyrénées tiennent à l’écart Maître Goupil, qui regarde au loin avec envie, cette abondante et hypothétique pitance… et comme dans la fable de La Fontaine il repart en disant, non pas « les raisins sont trop verts », mais « les poulets n’ont pas encore atteint la bonne maturité… » !
Les ânes des Pyrénées, comme beaucoup d’autres, n’aiment pas les intrus, ils gardent courageusement leur territoire, à grands coups de sabots ou bien en « gueulant » comme des ânes… leurs braiements mettant en fuite les prédateurs.
Les plus petites poules et petits poulets restent à l’écart des parcelles, parce que eux, par contre, ils pourraient être attrapés par les buses ou passer entre les mailles des clôtures mobiles.

Chaque poule produit environ 3kg de fiente par mois, ce qui représente avec ce cheptel environ 2T de fientes par ha chaque mois. La rotation dans les parcelles est organisée en tenant compte à la fois de la ressource et de cette production de déjection qui vient s’ajouter aux crottins des 2 ânes (environ 1000 à 1300kg de crottin par mois). Au final chaque parcelle est pâturée entre 25 et 30 jours par an.

Les avantages :
• La fertilisation : bactéries, nutriments (azote et phosphore assimilable rapidement, potasse et autres sels minéraux), est assurée pour l’année. Elle couvre les besoins à la fois de la vigne, mais aussi des couverts végétaux. Elle assure aussi une bonne reprise de l’enherbement et dynamise la faune du sol : macro et microorganismes.
• Certains prédateurs de la vigne sont éliminés : escargots, insectes ou acariens.
• La production d’œufs ou de viande est d’une qualité exceptionnelle. La conduite du vignoble en Biodynamie et l’organisation en Permaculture qui peu à peu prend forme, permettent de créer un cadre d’exception pour le développement harmonieux des cultures et des animaux.
• La polyculture-élevage est une source de création d’emplois diversifiée, tant pour la production que pour la commercialisation.
• L’autofertilité des parcelles permettra demain d’envisager une production complémentaire légumière dans certains rangs de vigne par exemple (hors pâturage).

D'un point de vue technico-économique :

Il faut avancer doucement, Vincent a commencé avec quelques 20 poules et 2 coqs en mai dernier, ce qui lui a laissé le temps de s'équiper doucement (couveuses, quand c'est nécessaire, poulaillers pour élever les poussins, puis d'autres encore pour protéger les poules, aliments spécifiques, compléments...).

Au départ c'est simple de s'occuper de 20 poules et 2 coqs, mais ensuite il faut aussi trouver un lieu (champ) pour les élever quand le cheptel s'agrandit, puis des champs pour produire quelques céréales pour les compléments alimentaires nécessaires.

Une fois le cheptel devenu conséquent, il faut engager une personne pour s'en occuper, surveillance ponctuelle, donner de l'eau, des compléments alimentaires, ramasser les œufs, isoler les coqs qui deviennent trop nombreux et qui maltraitent les poules...
Ensuite il faut anticiper : abattage des coqs/poulets (trouver un abattoir) et prévoir le réseau de distribution en frais (poulets et œufs), c'est un travail de longue haleine où il faudra ajuster le cheptel au marché.
Pour la partie : "les poules et les coqs gambadent dans les vignes, c'est 80/85% de l'alimentation des volailles sur une période de 5 à 6 mois", les poules peuvent rester dans la vigne, mais les ânes eux feraient des dégâts sur la vigne en végétation.

Il faut aussi faire attention au plus gros prédateur... l'Homme !
Les vols, en fonction de la zone de production, peuvent devenir un vrai problème. La vie est belle, mais certains prennent du plaisir à la rendre compliquée.

Ensuite il y la grippe aviaire, et là, tout peut devenir compliqué : prévoir une zone de repli, aux normes, pour conserver le Label en Bio ou en Biodynamie. Des solutions existent, il faut anticiper pour ne pas se retrouver à abattre l'ensemble du cheptel et tout perdre faute de l'avoir prévu.

Au final, le point le plus contraignant quand on choisit le Label Demeter (biodynamie), c'est que chaque production (vigne, poules, poulets, œufs ,culture des céréales et fourragère, grains, paille...) tout doit être validé en Biodynamie, le vigneron devient aussi agriculteur et éleveur !